Sainte Famille

Sainte Famille - Huile sur toile

Lot n° 497
 107x89 cm ;
dans un cadre contemporain en bois sculpté et doré.

Le tableau représente une Madone serrant tendrement mais fermement l'Enfant sur son sein et conversant avec Saint Joseph, peut-être en préparation d'un départ pour l'Égypte (étant donné que la Vierge porte sur la tête une coiffure très fantaisiste, qui semble convenir pour se protéger des intempéries lors d'un voyage). Le tableau est l'œuvre du peintre lorrain Charles Dauphin, élève de Simon Vouet, qui a travaillé à la cour de Turin pendant près de trente ans, de 1650 environ à 1678, année de sa mort. Charles Dauphin est né à Metz, en Lorraine. Le peintre a probablement reçu sa première formation à Nancy, comme le montre la comparaison avec les œuvres de Claude Deruet (1588-1660) et de Georges Lallemand (1575-1636). Il est ensuite documenté à Paris à partir de 1647. Il fréquente l'atelier de Simon Vouet jusqu'à la mort de son maître (juin 1649), puis s'installe à Turin où il est certainement présent avant 1652 ; cette année-là, il se marie. Dans la capitale savoyarde, Dauphin connaît une fortune considérable ; il devient le peintre du prince de Carignano et de la famille de Savoie, travaillant aussi intensivement pour les églises de la ville et de ses environs. Le peintre meurt à Turin en 1678. Comme l'acte de décès indique que l'artiste avait une cinquantaine d'années, il faut supposer, comme l'attestent les documents notariés, qu'il est né vers 1628 et non, comme on l'a supposé jusqu'à présent, entre 1610 et 1620. Ce fait raccourcit toutefois sa phase de formation française, qui s'achève en 1649-50 avec la mort de Vouet à Paris, et concentre la majeure partie de son activité artistique à Turin et dans les anciens États de Savoie, déployée avec la vigueur et l'énergie de sa jeunesse. Au fil de ses études, Dauphin s'impose de plus en plus comme l'une des personnalités artistiques les plus intéressantes du XVIIe siècle français, actif dans le Piémont et en Italie ; l'étoile principale d'une constellation de peintres français actifs à Turin entre les années 1920 et la fin du XVIIe siècle, favorisés successivement par le mécénat et la protection des deux duchesses françaises : Christine de France et Jeanne Baptiste de Nemours. Les nombreuses affiliations culturelles de Dauphin témoignent de son attention vigilante aux innovations de la peinture de l'époque ; les influences exercées sur lui par son maître Simon Vouet, mais aussi par Laurent de La Hyre et quelques autres peintres du groupe qui s'épanouit autour de Vouet, parmi lesquels Michel Dorigny se distingue ; l'influence de Nicolas Poussin, dont il s'inspire pour de nombreux décors classiques de ses toiles, est également très forte. Le style de Dauphin est clairement reconnaissable ; il pratique une peinture fluide, riche en couleurs denses, filées et lumineuses, stylistiquement proche de celle de Vouet, mais aussi enrichie de composantes italiennes, notamment émiliennes et romaines. Les documents d'archives nous apprennent que le Dauphin a peint un grand nombre de tableaux, tant sur des sujets sacrés que mythologiques, pour le palais royal de Turin, le palais de Carignano, le palais de Venaria Reale et un grand nombre d'églises, de couvents et de particuliers. Le nombre de peintures sacrées, aux sujets souvent conceptuels et difficiles à déchiffrer, est particulièrement important. Le présent tableau, un chef-d'œuvre autographe du peintre, est stylistiquement apparenté à une heureuse composition de Simon Vouet connue sous le nom de Madonna della Colonna, dont on connaît de nombreuses versions, mais dont le prototype est une toile de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Il existe une gravure de 1640 de ce tableau par Pierre Daret qui a peut-être appartenu au Dauphin. Ce tableau d'une grande importance historique et artistique fera l'objet d'une prochaine publication.