Ludovic LEJEUNE
Ludovic LEJEUNE
Ville:
Nous ne connaissons aucun élément biographique concernant cet artiste meusien.
Il est répertorié grâce aux deux toiles présentes dans l'auberge de (55) Brandeville, peintes en 1911, elles ont été restaurées en 2007 par un peintre hollandais Ad HAANS.
Cet artiste écrivait en 2008 :
" Brandeville, le 17 août 2008
Monsieur Ludovic Lejeune,
Ce me fut un grand honneur de vous avoir rencontré, en étudiant vos deux peintures murales, réalisées ici à Brandeville en 1911. Elles sont donc presque centenaires.
Malheureusement elles n’ont pu endurer, elles non plus, l’usure du temps.
Heureusement, en bas à droite, on distingue encore nettement votre signature et la date.
Je me félicite de pouvoir vous rapporter aujourd’hui, à vous et à tous les Brandevillois aussi, les résultats de mes recherches. C’est en même temps le compte-rendu des efforts, nécessaires à restaurer vos peintures que j’apprécie énormément.
Chaque restauration implique nombre de choix à faire.
Heureusement, plusieurs Brandevillois et nombre d’amis hollandais m’ont aidé à réaliser la restauration de vos peintures, ici présentes.
Mon compte-rendu comprend trois parties :
Description des deux tableaux;
Résumé des choix à faire pendant la restauration ;
Quelques conclusions et appréciations de vos deux peintures murales.
1. Les deux tableaux
a) Le premier tableau représente un paysage serein : un jeune homme avec un portfolio impressionnant est assis sous une tonnelle de verdure, en face d’une jeune fille, habillée d’une robe magnifique. Lui, il a un regard pensif, la main sous le menton. La fille, absorbée dans ses réflexions, se penche sur une broderie qu’elle a dans ses mains élégantes.
Qu’est-ce qu’on peut faire autrement avec les mains quand Amor est là, si proche?
Le voilà, derrière cette arbre, avec ses flèches de l’Amour !
Un tableau captivant et gracieux en même temps ! Regardez l’air magnifique du soir d’été,
le panorama grandiose et l’obscurité du bois mystérieux !
M. Lejeune : ici vous avez créé un équilibre parfait de sérénité et de tension artistique !
b) Voilà en face, une tout autre scène : la guerre, ou plutôt: un champ de bataille.
Il s’agit nettement d’une guerre entre la France et ….. ? Et qui? C’est un peu difficile à voir
tout de suite ; mais voilà : à gauche c’est la cavalerie prussienne qui arrive, coiffée de hautes toques ! S’agit-il de la guerre de 1870 ?
À la première ligne de feu : quelques soldats français, tombés pour la patrie.
En bas de la colline : un soldat français qui, menacé par les tirs d’artillerie hostile, reprend le tricolore d’un porte-drapeau qui vient de tomber.
Sur la crête de la colline : d’autres soldats qui viennent de tomber, portant leur sacoche sur le dos et empoignant toujours leur fusil.
Le feu, la fumée qui monte des maisons en flammes, les explosions, les obus qui éclatent :
tous ces détails soulignent les atrocités de la guerre. Mais ils dirigent nos yeux aussi en haut. Au milieu, on pourrait distinguer encore à peine une cartouche avec des guirlandes.
Tout porte à croire que cette cartouche veut rendre votre hommage, monsieur Lejeune,
aux héros de la patrie.
2. Résumé des choix à faire pendant la restauration
Malheureusement vos peintures ne sont pas restées tout à fait intactes. Surtout la scène de guerre avait été gravement endommagée pendant la période de presqu’un siècle.
Grâce à tant de Brandevillois et grâce à beaucoup d’amis hollandais, j’ai su restaurer les parties qui avaient été mutilées d’une façon parfois méconnaissable.
En 1998 environ on a restauré quelques grands trous et on a retouché les couleurs, tant bien que mal.
En 2006 des recherches sérieuses ont commencé en étudiant les positions des combattants pendant la bataille, en se basant sur les photos, prises avant la première restauration, et sur la version originale abîmée ou bien cachée.
a) Quelles parties de la bataille ont été restaurées ou complétées?
(J’espère bien que vous, M. Lejeune, en soyez content.)
Voici les restaurations :
- quelques détails de l’armée prussienne ;
- les tirs d’artillerie et la maison incendiée ;
- la position du soldat qui reprend le tricolore ; sa tenue et ses chaussures ;
- les soldats tombés sur la colline, avec leur sacoche sur le dos ;
- les fumées énormes et les couleurs qui nous conduisent à la « Gloire » disparue ;
- plus haut, votre peinture est si abîmée que chaque restauration serait une altération ;
Deux remarques :
- Dans les Archives (militaires, nationales ou des Beaux-Arts) on pourrait trouver peut-être plus d’informations en ce qui concerne ces cartouches d’hommage.
- Serait-il encore possible de trouver une réponse plausible à la question:
ce détail de la cartouche, est-il abîmé expressément ? Si oui : quand et pourquoi ?
b) Voici quelques remarques en ce qui concerne la restauration de votre autre peinture,
plus idyllique :
- il fallait restaurer le balustrade en bois ainsi que l’échappée à côté du jeune homme ;
- c’était urgent aussi de restaurer les mains, les bottes et le portfolio du jeune homme ;
- Même Cupidon commençait à s’user, ainsi que la stèle sur laquelle il se dresse ;
- À votre instar, M. Lejeune, moi aussi, j’ai prêté beaucoup d’attention à la jeune fille ;
son visage, ses mains, le panier et le chapeau m’ont coûté maintes heures ;
- Les transitions douces de votre palette pour rendre l’air du soir d’été, ont été retouchées,
ainsi que les coloris chauds des feuilles d’arbre, exposées au soleil couchant.
3. Conclusions et appréciations
M. Lejeune, j’espère bien que vous puissiez approuver mes interprétations restauratrices.
En tant que peintre et votre collègue je tiens à vous complimenter de votre maîtrise.
Tandis qu’en France, au tournant du vingtième siècle, une révolution s’annonçait dans le domaine des Beaux-Arts, déclenchée par Cézanne, Seurat, van Gogh et Gauguin, vous, vous avez eu une formation selon la grande tradition française de l‘Académie classique.
C’était votre point de départ artistique, à la recherche de la Beauté.
a) Votre peinture du jeune couple en est une démonstration incontestable, aujourd’hui encore. Comment atteindre la Beauté idéale, artistique?
Écoutons ce que le peintre Ingres nous en dit:
- Il faut une composition frontale et reposante des figures.
Votre composition de plans est évidente. Au premier plan : le couple et le grand arbre.
Au centre, sur le gazon : la statue de Cupidon. Et à l’arrière-plan : l’air, composé en couches horizontales. Le tout est bordé de deux groupes d’arbres.
- Il faut que les proportions de l’ensemble soient ‘idéales’. Ça veut dire:
basées de préférence sur le principe du ‘nombre d’or’: 1 : 2 : 3 : 5 : 8 : 13 : 21, etc.
Ce principe , M. Lejeune, vous l’avez mis en pratique, horizontalement aussi bien que verticalement.
- Aux Pays-Bas la peinture française est célèbre pour ses lignes nettes en formes, en anatomie et en perspective. Ces lignes, on les revoit clairement dans votre peinture des deux personnages, le jeune homme et la jeune fille.
- L’expression minutieuse de la matière, le modelé et le raccourci sont les caractéristiques saillantes de la tradition classique.
Votre œuvre, M. Lejeune, témoigne de l’idéal classique : clarté, équilibre et sérénité.
b) Revenons à la scène de guerre. Quelle différence d’ambiance !
La composition remue en deux grandes directions opposées: vers le bas où se trouve
le porte-drapeau avec le tricolore ; vers le haut qui nous montre la ‘gloire’.
Ça rappelle vraiment le peintre Delacroix.
Le contraste ‘clair – obscur’ et les forts contrastes de coloris guident nos yeux à travers
votre peinture murale.
Cependant, les formes de cette scène-ci sont plus vagues.
Conséquence : c’est au spectateur de deviner !
Et l’espace est moins délimité. Voilà pourquoi le spectateur va se demander : qu’est-ce qui se passerait derrière cette colline ? Et qu’est-ce qui nous attend encore ?
Vos forts raccourcis contribuent à faire ressortir l’aspect dramatique de cette scène.
Plus que l’autre , cette peinture-ci exprime l’émotion.
M. Lejeune, peintre-décorateur, votre talent m’étonne vraiment ! Vous avez fait ces deux peintures murales à l’âge de 24 ans ! Et j’ai entendu dire que votre frère était sculpteur.
Autrement dit : vous êtes issus, tous les deux, d’un foyer imprégné de Beaux-Arts !
De tout mon cœur je félicite aujourd’hui la commune de Brandeville ;
à juste titre elle peut se vanter de vous avoir comme ancien habitant et artiste.
Que votre œuvre puisse nous ravir longtemps encore !
Je termine cette lettre posthume, adressée à vous, M. Ludovic Lejeune, et mon exposé, adressé à vous tous, ici présents, en remerciant ceux qui m’ont invité à restaurer votre œuvre. Votre œuvre, M. Lejeune; et votre œuvre maintenant, mes chers Brandevillois.
Ce me fut un grand honneur et un véritable plaisir !
Avec mes sentiments respectueux,
Ad Haans
Udenhout (Pays-Bas),
le 18 juin 2008
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